Aniceris

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2 heures 2 minutes ago

La Prospérité des Pétales

1 semaine 4 jours ago
Phersv

J'ai souvent répété à tort qu'Empire of Petal Throne avait toujours été un échec commercial et n'avait jamais trouvé son public. C'est (relativement) infirmé par ce texte par Chirine : 
EPT was a very good commercial success; according to the Professor's royalty statements and a letter from Kevin Blume, the initial print run of 1,000 boxed sets sold out in three months - at $25 a copy, in 1975! - and TSR then did two more print runs of 5,000 copies each, 95% of which had sold out of stock by the end of the first quarter of 1976. (All remaining copies were sold to Gamescience.)

Unfortunately, this success was the beginnings of the problems that caused Prof. Barker and TSR to part ways. Phil thought he should be getting more money for all the work he was putting into promotion and marketing the product, and TSR had cash-flow issues over the royalty payments removing capital from the company. (This was also the root cause of the issues that Dave Arneson had with TSR, and which were fought out for about five years in a series of lawsuits.)

The IP went into what amounted to fan publication, and since there was no money for investment in things like new products, marketing, etc., the thing basically wilted.Rappelons-le, 25 dollars en 1975, cela représente 115$ d'aujourd'hui. EPT était donc hors de prix (un peu comme RQ III) mais ce qui explique son échec est plutôt le changement répété d'éditeurs et le manque de suppléments, pas son prix initial.

Je pense qu'EPT a vite été une mauvaise conscience pour Gary Gygax comme TSR avait publié un rival pour D&D qui était à mon sens bien supérieur et qui avait de plus un univers qui aurait pu facilement faire de l'ombre au monde de Greyhawk que Gygax finira par publier quelques années après.

Par la suite, quand Runequest est arrivé, le Professeur Barker (qui avait pourtant su inventer un système de compétences et de coups critiques avant RQ)  n'a pas su s'adapter à l'évolution du jeu de rôle et les systèmes sont restés trop vieillots, lourds et simulationnistes (au point que Barker avouait ne pas les utiliser lui-même en cours de jeu !).

"Où vas-tu ?" - Pardon & Fiction

1 semaine 4 jours ago
Phersv

Notre fiction se sert souvent du ressentiment, c'est un des moteurs de satisfaction imaginaire. Un des types dramatiques était la "vengeance sénécienne" (où le héros doit d'autant plus souffrir pour qu'on jouisse d'une catharsis des représailles contre ceux qui l'ont lésé) et l'une des oeuvres les plus adaptées de l'histoire du cinéma est Le Comte de Monte-Cristo.

Je viens de revoir Quo Vadis ?, le film de 1951, et il est frappant de voir à quel point ce peplum se veut à la fois

  • (1) de l'évangélisme chrétien au premier degré où le héros doit apprendre à dépasser les valeurs de violence (film plus chrétien générique américain que catholique comme le roman polonais d'origine de 1896 et en ayant gommé les traces d'antijudaïsme de Henryk Sienkiewicz, où ce sont les juifs qui poussent Néron à persécuter les chrétiens) et 
  • (2) un conflit violent avec vengeance et tyrannicide. 


Le héros apparent, Vinicius, représente au début les vertus païennes d'un Surhomme nietzschéen (Marguerite Yourcenar fera le parcours inverse en faisant des Mémoires d'Hadrien un roman nietzschéen jusque dans sa conclusion). Le roman suit son parcours du patricien romain orgueilleux et violent qui par amour pour une princesse barbare (qui représente originellement la Pologne catholique) va être si impressionné par les chrétiens qui "tendent l'autre joue" et acceptent le martyre qu'il va finalement se convertir dans l'arène.

Mais ce personnage de Vinicius permet au christianisme de jouer sur les deux tableaux dans la fiction; le discours de la non-violence et la satisfaction refoulée de la violence, la critique du ressentiment et la jouissance du ressentiment. Pierre et les autres se laissent persécuter (c'est le titre : "Où vas-tu, Seigneur ? Je vais à Rome pour être crucifié à nouveau"). Le colosse Ursus  (qu'on retrouve dans de nombreux autres peplums depuis le Maciste de Cabiria, 1914) et Vinicius prétendent partager ce pacifisme avant de tabasser leurs ennemis et finalement de renverser Néron par la force. Le christianisme l'emporte à la fois en foi résignée des martyrs par la force d'âme et dans le courage viril par la force physique. Il veut à la fois le frisson de la mort acceptée (le Martyr) et de la tuerie héroïque (le Gladiateur), le supplément d'âme chrétien anti-spectacle et le spectacle anti-chrétien du divertissement.

Cela rend l'histoire un peu hypocrite ou de mauvaise foi : on doit admirer le refus de la violence ("tendre l'autre joue", "pardonner à ses ennemis") et en même temps considérer qu'il faut vaincre par des moyens plus humains et moins sublimes. Le Christ devient glaive, Lion (comme dans Narnia) et soldat. C'est comme si la fiction chrétienne disait que le christianisme est trop élevé pour s'adapter à la fiction.

(On a le même pathos ambigu dans Le Comte de Monte-Cristo où le personnage dit renoncer à la vengeance au moment où elle s'est presque déjà complètement réalisée, ce qui permet un "pardon" généreux assez facile qui intègre tous les plaisirs malsains de la vendetta).

La sérénité païenne de l'épicurien

En revanche, là où l'hypocrisie ou bien l'ambiguïté de Quo Vadis ? est bien plus habile que dans ce christianisme est le vrai personnage principal du roman, Pétrone, l'auteur du Satiricon, qui sert de commentaire décalé par rapport au message évangélique. Il est le flatteur cynique et ironique qui ne cesse de glorifier et manipuler Néron tout en le critiquant, comme une mauvaise conscience.

Même s'il désapprouve les persécutions par souci de justice, il ne fera pas du tout d'itinéraire chrétien. Contrairement à Vinicius (fictif) ou l'autre membre de sa famille Sénèque, Pétrone représente plus un "stoîcien" éclectique très épicurien (un peu comme l'usage que Sénèque fait de l'épicurisme dans les Lettres à Lucilius). Il se réduit lui-même à un fêtard, un lâche voluptueux, un pourceau d'Epicure mais périra en s'ouvrant les veines avec les comploteurs stoïciens, avec plus d'humour détaché qu'eux. Pour le livre chrétien, il représente clairement une Rome dépassée, trop amorale dans son éthique et pourtant son ironie nous séduit plus que le chemin spirituel de Vinicius.

L'esclave, la liberté et la mort

Un dernier élément plus étrange de Quo Vadis ? est le thème de l'esclavage accepté dans la mort comme une inversion de la Dialectique du Maître et de l'Esclave ou peut-être une intuition ironique du thème nietzschéen selon lequel le christianisme n'était qu'une religion faite pour les esclaves.

Chez Hegel, le maître est celui qui a affronté la mort et l'esclave devient tel en refusant de mourir, en préférant vivre que de rester libre.

Eunice est au contraire l'esclave amoureuse de son maître (Pétrone) qui se tue pour l'accompagner jusqu'au bout. Acté, affranchie, sera la seule à rester vraiment fidèle à son ancien maître le Tyran (Néron) en le tuant pour le délivrer de la vengeance et de la souffrance (alors que son ex-maître craint trop la mort pour se la donner). Les deux femmes esclaves ne sont pas chrétiennes (même si Acté a de la sympathie) mais ont intériorisé un amour du maître terrestre qui dépasse toute crainte de la mort.

Empire du Trône de Pétales : The Kurt Hills Atlas

3 semaines 5 jours ago
Phersv

Comme je l'ai dit dans la recension du jeu Bethorm: The Plane of Tékumel, une des bonnes idées des auteurs Jeff Dee et Talzhemir était de partir d'une base locale, la cité de Katalál (Province du Ketvíru, au bord du fleuve Chaigáva) vers le centre-ouest de l'Empire de Tsolyánu (c'était sur l'Hexagone 3511 de la vieille carte, à environ 900 km de la capitale impériale Bey Sú).

Carte par Jeff Dee, dans Bethorm

Mais c'était un peu maigre. La cité avait quelques pages dans les règles (p. 249-251). Le Katalál Area Map & Gazetteer n'avait que 5 pages pour décrire juste un rayon de 50-100 km autour de Katalal, une petite portion à cheval sur l'Hexagone 3511/3611. L'erreur des auteurs était de ne pas avoir donné de factions ou détaillé de PNJ, seulement une description assez prosaïque des villages aux alentours où la seule chose qui me paraissait marquante était une Ecole de Calligraphie du dieu Thumis. Ce contexte immédiat ne suffisait pas pour faire du "sandbox" (laisser se promener ses joueurs).

Depuis, ils ont sorti deux petites aventures qui sont surtout de simples "donjons" et qui ne me semblent pas encore assez exploiter autre chose que les monstres de ce monde. Pillars of Glass (10 pages) décrit un temple de Vimúhla abandonné sous un alignement de colonnes cristallines dans le Tumulus de Súmaranchu (Hexagone 3512, sans doute à une centaine de km à l'ouest de Katalál). High and Dry (15 pages) décrit la situation tendue à Mishábar, un village cultivant le Dná à 60 km au nord-ouest de Katalál mais en dehors de la description des PNJ du village, cela reste encore un donjon assez similaire au précédent.



Tout cela a changé avec The Kúrt Hills Atlas (260 pages !), par Mme Talzhemir.

Cette fois, ce n'est plus seulement un Hexagone. Le livre décrit une zone bien plus vaste, de 100 grands Hexagones (entre les Hexagones 3510 et 4116, si je ne me trompe pas cela doit faire 860 000 km2, à peu près la superficie du Pakistan ou de la Namibie) et chaque Hexagone a droit à sa propre carte et à deux pages de descriptions. Dans l'ancienne carte, c'était cette zone au nord de Katalál, autour des Collines de Kúrt, entre Mekú et la cité sacrée de Sárku près des collines de Kráà (sur les Provinces de Ketvíru, Khósa, Mekú, Kurtúr, Alidlár, Berananga, Ssa Sárku...) :



Bien que cette région ait été assimilée dans l'Empire du Trône de Pétales depuis des siècles (en dehors de quelques occupations par les légions de Mu'ugalavyá), il y a encore des cultures locales, par exemple avec les Kurtáni et on a enfin ce qui manquait dans le petit supplément précédent, des factions, des sociétés secrètes avec Mystères (car bien entendu, chaque secte adore un aspect local assez différent des dieux du Panthéon).

Ce peuple provincial des Kurtáni assez rustique et semi-nomade pourrait permettre un compromis intéressant face à un dilemme que j'ai toujours eu pour les parties d'introduction. En effet, on est censé dans une campagne "normale" d'Empire of Petal Throne commencer avec des "barbares" ignorants et découvrir ensuite les coutumes tsolyáni en même temps que son personnage. Mais si on veut commencer à décrire la culture de ces "barbares" avant leur acculturation (au lieu de les laisser comme une sorte de page blanche commode), on en arrive à la nécessité de donner déjà des informations à apprendre aux joueurs même si elles deviendront ensuite assez inutile spar rapport à la culture impériale qu'ils assimileront. Les Kurtáni pourraient être un bon mixte : assez reculés pour expliquer les faux pas du PJ dans la culture impériale mais assez "tsolyanisés" pour qu'on puisse déjà introduire des données relativement correctes.

Par exemple, les Kurtáni sont bien plus manichéens que la moyenne des Tsolyáni et ils méprisent les Dieux du Devenir comme "maléfiques" (il y a même des sectes de fanatiques anti-Changement), ce qui risque de faire un choc culturel quand les PJ comprendront que les Dieux du Changement ont tout autant leur place dans l'Empire que les Dieux de la Stabilité. Plus au nord, autour des Collines de Kráà, on adore au contraire le dieu de la mort Sárku et les valeurs y sont donc assez inversées.

C'est vraiment très bien fait et regorge d'informations. Je ne vois aucun équivalent précédent en dehors des scénarios solo qu'avait écrits Barker pour faciliter l'introduction (Adventures on Tékumel). Talzhemir a fait un travail remarquable et je crois que pour la première fois on peut avoir un vrai sandbox relativement facile d'accès (même si le MJ doit avoir déjà une bonne connaissance du standard de l'Empire pour apprécier toutes ces petites différences de ces Provinces du centre-ouest).

EPT avait commencé en décrivant succinctement une Cité, Jakálla (qui, curieusement, n'était pas la capitale), et ici, on a pour la première fois un approfondissement de la vie rurale de l'Empire. Si je devais conseiller un ouvrage indispensable aux MJ débutants en dehors d'un livre de règles ou du Tékumel Sourcebook, je donnerais donc maintenant The Kúrt Hills Atlas. Il y a de quoi jouer pendant longtemps.

Le petit risque de tout Atlas que je vois pour l'instant est que la quantité d'informations pourrait pousser le jeu plus vers une dimension "picaresque" du sandbox où on décrirait chaque rencontre de manière trop pointilleuse au lieu de sauter tout un périple en disant "après une semaine de voyage...". Un des aspects originaux est que la région choisie n'est pas une zone de "frontière" de l'Empire, mais bien son "centre agricole" alors que la Frontière est d'habitude un peu le lien de tous les cadres de jeu de rôle. C'est donc un peu comme si dans un jeu sur l'Empire romain on choisissait non pas la Britannia, l'Egypte ou Palmyre mais Lugdunum.

Une autre conséquence est que comme on décrit uniquement le nord de Katalál, il vaut mieux que les PJ n'aient pas envie d'aller au sud de la cité.

Deux liens pour l'Empire du Trône de Pétales

3 semaines 5 jours ago
Phersv




Le Pecháno semble assez "petit" relativement aux Cinq Empires (l'Empire du Trône aux Pétales est plus vaste que toute l'Europe) mais si je compte bien ces grands hexagones de 133 km de long, il a en fait à peu près la taille, disons d'un grand Etat-Nation moderne, comme la Roumanie ! Sa couleur héraldique est le Saffran (cf. les codes couleur). Le pays est surtout important parce qu'il est le voisin des pires ennemis de l'Humanité, les tanières des Ssú. Il n'a jamais pu s'étendre car il est pris en étau entre l'immense Empire de Salarvyá et le territoire des xénomorphes d'Alien. Barker a raconté sur The Blue Room que les ruines de Ssúganar, près de la frontière avec le Ssuyal, contenait une cité antique des Anciens qui avait été si soulevée que les parois des tours étaient à présent toutes inclinées.



J'ai déjà mentionné dans un autre post leur religion.
Les Pecháni ont un panthéon de Sept Dieux, dont six correspondraient à peu près aux 5 fonctions du Panthéon de Pávar :
Royauté : Qoth aux Nombreux Yeux,
Fertilité : Sehta,
Destruction : Vihar,
Connaissances : Tsomeq & Kazherh,
Mort : Su'urkha 
mais le septième est un Héros guerrier local (Nyesset des Pinacles).
Bien que leur culture soit originellement plus proche des Salarvyáni (plus féodale et moins centralisée que Tsolyánu), les Pecháni sont alliés aux Tsolyáni contre leur grand voisin. Cependant, cette alliance est peu importante comme les armées des Pecháni sont concentrées sur leur Guerre perpétuelle avec les Ssú.

 Le Tékumel Sourcebook parle un peu de l'économie du pays en 1.735 (p.  68 = volume II, p. 33) et de l'organisation politique en 1.810 (p. 75 = vol. II p. 52).

Pecháno is similar to Salarvyá, except that its king (Pechani: Chaegosh) is both sane and more fully in control ofhis subjects. The king is actually the senior most oligarch of the Beneshchán lineage of Mechanéno, and he presides over the Assembly of High Lords in which the Beneshchan and their rivals, the Rekhmél family of Teshkóa, predominate.
Lands belonging to these two ruling houses are divided into smaller and smaller fiefs amongst descending tiers vassals. The system is carried even farther than it is in Salaryvá: every landowner, no matter how minor, is someone's vassal, and if he sells (technically "enfeoffs") a piece of his land to another, he then becomes that person's feudal overlord.
Even the priests of the Seven Deities of the Rising Peaks (Sec . 1 .610) are vassals because they own the land upon which their temples stand and must thus be responsible to somehigher suzerain. The same is true of professional clans which own their shops and clanhouses. Only those who are not landholders - i .e . clerks, employees, retainers, etc. - are not vassals and hence have fewer rights under the system. It may be noted that the prieshoods have comparatively little power in Pecháno.
"Se non è vero, è ben trovato"